Trinoculaire

le carnet de voyage.
un voyage, c'est avant tout des gens qui partent (en l'occurence, juste moi) et des gens qui restent (ça, c'est vous). mais aussi des découvertes, des aventures, des futurs souvenirs, des moments difficiles, des rencontres, des sourires pleins les poches, un apprentissage, une épreuve, une récompense - une envie de partir pour mieux revenir.
et parce que tout ça, ça fait beaucoup pour une seule personne, bein autant partager !

vendredi 6 mai 2011

SinSoluka

aïeaïeaïe... je viens de voir que ça fait plus de deux semaines que je n'ai plus donné de nouvelles ici :s serait peut-être temps que je vous raconte ce que j'ai fait ces derniers temps...

et bien, le 11 avril, j'ai commençé à travailler dans mon projet de volontariat.
ce que vous ne savez peut-être pas, c'est que j'ai changé de projet en dernière minute. au départ, je devais travailler dans un foyer du jour pour petits appelé 'Niños de Ecuador'. mais l'école avait organisé la visite de la fondation Sinsoluka qui s'occupe des enfants de la rue de Quito et j'ai trouvé l'initiative de ces gens tellement impressionnante que j'ai décidé de changer - ou au moins d'essayer de changer.
j'ai essayé ; et ça a marché ! :)

il faut savoir que les services sociaux en géneral ne sont pas encore très évolués ici. donc, par exemple, si des enfants sont battus ou maltraités dans leur famille, il n'y a pas de service social (ou s'il y en a, il est encore dans ses débuts) qui les prend en charge et s'occupe de leur trouver une famille d'acceuil. ses enfants sont donc réduits à se débrouiller seuls... et se retrouvent souvent dans la rue. d'autres sont juste jetés dehors par leurs parents parce qu'ils n'ont pas les moyens de s'occuper d'eux. d'autres encore pour toutes sortes d'autres raisons malheureuses...
dans la rue, les enfants survivent tant bien que mal : dans quelques cas ils trouvent quoi vendre, sinon c'est la mendicité, le vol ou le crime en général. souvent, ils ont recours à la drogue pour oublier le froid, la faim, la misère, mais aussi surtout pour se sentir plus fort et confiants. en fait, l'estime de soi est souvent un problème pour ces gosses. ils commencent généralement à sniffer de la colle, parce que c'est le moins cher, et certains continuent vers marihuana, héroïne & co. pas besoin de préciser qu'une fois qu'ils en sont arrivés là, c'est vraiment difficile de les aider à s'en sortir...
autre problème : il n'y a pas de planning familial ou quoi que ce soit qui y ressemble en Equateur. ces enfants n'ont jamais reçu d'éducation sexuelle, et même ça avait été le cas, ils n'auraient jamais les moyens de se payer des moyens de contraception (c'est, il paraît, très cher en Equateur). le résultat est évident : beaucoup de filles se retrouvent enceintes à 13-14 ans...
comment éduquer un enfant quand on est encore un enfant soi-même ? comment survivre à deux quand c'est déjà assez difficile tout seul ?

des enfants ont d'autres enfants, ce qui diminue encore leur chance de s'en sortir.
c'est un cercle vicieux qui se perpétue et très peu est fait pour l'interompre.

parmi ceux qui ont fait et font toujours quelque chose pour aider ces enfants, il y a le docteur Mario Piedra, psychologue de formation. pour une raison qui m'est encore un peu mystérieuse, mais j'ai bien envie de croire que c'est de l'altruïsme simplement, il s'est fixé comme but dans la vie de tout faire pour aider les enfants des rues à s'en sortir.
il y a vingt ans, il a commencé a simplement aller vers ces enfants pour leur parler, connaître leur histoire - simplement pour montrer son attention à leur vies et leur situation. j'imagine combien ça doit chambouler ces enfants tellement habitués à notre perpétuelle indifférence...
toujours seul, le Dr. Piedra a continué à offrir son soutien à tous ceux qui désiraient changer de vie - vivre au moins décemment - et, qui sait? peut-être avoir la chance d'aller à l'école...
après de nombreuses années passées à poursuivre cette initiative, Mario Piedre a reçu l'aide de deux bénévoles suisses, qui, une fois retournés en Europe ont pu récolter assez d'argent pour permettre au Docteur à acheter une maison, d'oú il pourrait dorénavant mener ses activités. à partir de ce moment, il crée une vraie fondation qu'il choisit de nommer SinSoluka. 'soluka' est le nom local qu'on donne à la colle que sniffent les enfants des rues ; traduit de l'espagnol, le nom de la fondation signifie donc 'sans colle'.
aujourd'hui, la fondation a évidemment bien grandi. tout ceux qui désirent le soutien de la fondation pour changer de vie peuvent toujours se présenter quand ils veulent. mais l'intention de changer doit être réelle : on ne peut pas juste toquer à leur porte quand on aimerait un repas chaud. de plus, la fondation ne compte pas se substituer aux parents : les parents doivent se prendre en main, chercher un boulot et prendre la responsabilité pour leurs gosses - SinSoluka n'a pas l'intention de tout faire à leur place. les enfants doivent aussi montrer qu'ils ont envie de l'aide de la fondation en respectant les règles, en venant régulièrement et en faisant leurs devoirs.
les enfants peuvent venir avant ou après l'école pour un repas chaud, pour reçevoir de l'aide avec leurs devoirs et simplement pour être encardés un minimum. la rue est un lieu où il n'y a pas de règles ni obilgations, seulement la necessité de survivre ; pour certains enfants, c'est donc difficile de s'adapter à un mode de vie bien organisé oú il y a des règles de comportement, oú il y a des devoirs à faire et oú il faut se concentrer et rester tranquille pendant des heures (je vous dis pas : durée moyenne de capacité de concentration : 45 secondes !... '-.-). c'est donc important de reconnaîtres les efforts qu'ils font et les encourager à continuer à les fournir.
il y a donc quatres éducateurs qui aident Mario Piedra en permanence et quelques volontaires étrangers selon la saison.
ce que je faisant en gros, c'est aider les enfants à faire leurs devoirs et organiser des activités pour quand ils ont terminé. j'accompagnais aussi les educateurs lorsqu'ils allaient faire le tour des écoles pour demander comment se comportaient les enfants là-bas.

pour aider leur réinsertion, certains jeunes ont l'opportunité de faire un apprentissage de quelques mois dans la menuiserie de la fondation. ils comptaient aussi faire une boulangerie dans la même but, mais le projet n'est pas encore vraiment en route. engager un maître boulanger sur une longue durée coûte cher, et la fondation n'est pas située dans un rue oú il y a beaucoup de passage, donc il faut encore voir comment et oú vendre les produits. c'est ce qu'on a essayé de mettre en route avec les autres volontaires cette dernière semaine, et ça avait l'air de bien marcher...

enfin bref. en gros, c'était une belle expérience - je ne regrette pas du tout d'avoir changé finalement. j'ai juste l'impression qu'un mois c'est tellement peu ! ... mais enfin, j'ai fait ce que j'ai pu pendant le temps qui m'était donné et j'espère que ça a été apprécié.
en tout cas, j'en garderai un très bon souvenir :)

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